S’entendre sur ce qui est juste et ce qui ne l’est pas
Et si nous prenions le temps de comprendre ce que les habitants trouvent « juste » ou « injuste » et l’influence du lieu d’habitation sur leurs représentations ? Et si nous prenions le temps d’étudier les dimensions de « justice » mobilisées (le plus souvent implicitement) par l’action publique territoriale aujourd’hui ? C’était le sens d’une recherche conduite au cours de l’année 2025/2026 par des chercheurs de la coopérative ACADIE et le laboratoire Chôros et soutenue par les partenaires nationaux PUCA et ANCT ainsi que par le Pôle Métropolitain Nantes Saint-Nazaire.
Questionnant les conceptions de la justice qui sous-tendent les politiques publiques, cette étude a mobilisé une enquête sur le « sentiment d’(in)justice » auprès de 4000 foyers à l’échelle nationale, ainsi que des focus-groupes dans les territoires péri-urbains dont celui du Pôle métropolitain Nantes Saint-Nazaire.
La méthodologie de cette recherche comme ses enseignements, éclairent utilement nos politiques d’aménagement du territoire. C’est pourquoi elle a fait l’objet d’un temps de mise en débat et d’enrichissement en comité syndical du Pôle métropolitain Nantes Saint-Nazaire en octobre 2025.
La double question « qu’est-ce qui est juste et qu’est-ce qui ne l’est pas » dans l’action publique, revient régulièrement dans le débat public, sous des formes plus ou moins conflictuelles.
Trois conceptions de la justice émergent
Les enquêtés ont exprimé différentes conceptions et valeurs associées à la justice. Ils se répartissent en trois groupes de dimension comparable : Un groupe « solidarité » pour lequel les mécanismes de redistribution sont essentiels. Un groupe « règles collectives » pour lequel l’égalité devant les règles communes est la principale garantie d’une société juste. Enfin, un groupe « nous » pour lequel c’est la capacité à agir, notamment localement, qui est la condition majeure pour une société plus juste.
Finalement ce sont les pactes territoriaux de justice qui sont questionnés par les habitants. L’une des hypothèses de départ est que toute personne s’insère dans un pacte territorial implicite de justice. Fragiles, ces pactes méritent d’être requestionnés et leurs mécanismes mieux compris.
Sur les injustices vécues, l’étude révèle notamment que le travail reste le premier lieu des injustices (22% des occurrences). En outre, un cinquième des sondés pointent des injustices dans le choix du lieu d’habitation. Ce sentiment est plus prégnant dans les grandes villes que dans les territoires périurbains ou ruraux, moins denses.
Cette étude révèle également l’émergence d’une exigence sociétale nouvelle : une société plus juste passe par la mise en capacité des individus pour œuvrer à ce pacte social de justice, en agissant localement, en débattant et en se mettant d’accord sur des règles collectives, qui peuvent intégrer la notion de différenciation territoriale.
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